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Une journée de Knowledge Management organisée par ECRIN à l'ENSAM de Paris Par Jean-Marc Blancherie et Anne-Sophie Genin Le 1er mars 2001, ECRIN, réseau de mise en relation et de rapprochement Recherche-Entreprise, organisait une "plénière" de son action "capitalisation des connaissances et redéploiement des compétences". Après la publication de la Revue 2000 de l'Union des Elèves consacrée au KM, Marc de Fouchecour et Anne-Sophie Genin, professeurs à l'ENSAM de Paris et membres de ce groupe de travail avaient souhaité que cette réunion se tienne à l'école, afin d'y favoriser le développement de cette thématique. Une autre journée, le 25 avril, sera plus particulièrement orientée vers les publics de l'ENSAM. Que peut-on attendre du Knowledge Management ? Si la question reste encore posée dans de nombreuses entreprises françaises, les cas permettant de se référer à des expériences concrètes ne manquent plus. C'est notamment pour diffuser ces expériences, pour accélérer la sensibilisation à l'importance d'un management des actifs immatériels, et pour développer un enseignement du KM dans les Grandes Ecoles et Universités, et en particulier à l'ENSAM, que travaille le groupe KM d'ECRIN. Il rassemble dans ce but un certain nombre d'acteurs (entreprises, chercheurs, et experts), et mène une action méthodique sous la conduite de Richard Berro d'EDF. Plusieurs de ses membres avaient rédigé des articles dans la Revue UE 2000. Le groupe propose également la rédaction d'un " livre gris " sur le KM, coordonnée par Gilbert Isoard. La réunion plénière permettait donc d'ouvrir l'action vers les interlocuteurs externes, et de partager projets et réflexion fondamentale. Après l'accueil à l'ENSAM d'Alex Rémy qui s'est montré très intéressé par le projet, Michel Grundstein a clairement défini des éléments fondamentaux du KM, et présenté le référentiel du groupe, permettant ensuite à Richard Collin de placer la problématique au niveau des gains d'innovation, de la co-construction de la connaissance, de la confiance, et de commencer à "déchiffrer l'algèbre de la société de la connaissance". Puis vinrent les témoignages. La première idée à retenir c'est que les problématiques de KM sont toutes singulières et construites. Monique Fournier-Laurent, pour la SNCF, attend des méthodes et outils, la possibilité de traiter efficacement le risque de perdre des connaissances de base, tirées notamment de l'expérience de fonctionnements techniques, que les calculs ne suffisent pas à traduire. Le risque est critique, lorsque l'on sait que des savoirs pratiques peuvent disparaître avec le départ, déjà amorcé, de 70% de l'encadrement d'ici 2010! Jean Ferré, PDG de ARISEM, la start-up bien connue de tous ceux qui s'intéressent aux technologies utiles aux processus de KM, présentait non pas sa solution de portail mais son expérience de jeune entreprise en croissance rapide qui compte aujourd'hui une centaine de membres et se décentralise. Le besoin de partager des connaissances en évolution rapide, dans un groupe humain en formation, est venu naturellement, de l'initiative de quelques uns, et avec une participation se généralisant. La question n'était pas de créer un "repository", mais bien "une place d'échange de l'information et de la connaissances". Grâce à Bruno Oudet, ces présentations sont disponibles sur le site internet "cyber-institut.org/km". La journée se terminait par une table ronde qui réunissait Francis Jutand, prospectiviste, Philippe Mallein, sociologue, et Thierry Pilenko, membre de la direction de Schlumberger, et qui a pu présenter une expérience d'une dizaine d'années de KM, liée à une stratégie d'entreprise. Chacun était invité à exprimer les questions ou les enjeux qui lui paraissaient aujourd'hui essentiels dans une démarche de KM. Francis Jutand, directeur du département Sciences et Technologies de l'Information et de la Communication (STIC) au CNRS, a estimé que l'on a accumulé aujourd'hui suffisamment d'outils, de compétences et de pratiques pour créer les conditions d'une rupture. Dans cette nouvelle économie, on peut se demander si le KM ne deviendra pas si naturel qu'il sera voué à disparaître en tant que préoccupation en soi. Par ailleurs, l'information et l'accès à la connaissance sont de processus actifs, et ces processus sont à développer dans une vision à la fois individuelle et collective. Il faut donner envie d'utiliser ces outils, car le KM se développera en fonction des incitations et des valeurs sociétales, avec des tensions entre la conservation des connaissance et les changements de rupture. Philippe Mallein a poursuivi dans cette direction en mettant en évidence des couples de contraires présents dans le KM, et dont il semble difficile de prédire l'évolution . En favorisant un système ouvert et évolutif, le KM favorise les marginalités, lieux d'apparition de l'innovation, mais qu'advient-il alors du cœur du système? Le KM encourage l'autonomie de l'individu, mais demande aussi une culture coopérative de groupe. La frontière entre le troc et la transaction marchande apparaît également comme un enjeu difficile. S'il existe des idéologues du troc, dans la pratique, les entreprises continuent à défendre la propriété intellectuelle et industrielle. Thierry Pilenko a fait part de dix années d'expérience du KM à Schlumberger. Avec plus de 80.000 personnes de plus de cent nationalités différentes, réparties dans une centaine de pays dans des conditions parfois difficiles, il était normal que Schlumberger s'intéressât au KM, d'abord dans le but d'augmenter ses performances. Thierry Pilenko a expliqué comment Schlumberger avait mis en place le système "in-touch". Auparavant, l'ingénieur de terrain passait par de multiples intermédiaires pour contacter les services de recherche et développement, les informations passaient mal, étaient déformées, et les temps de réponse très longs. "In-touch" a supprimé les intermédiaires avec des gains de productivité évidents. Le temps de réponse a été réduit de 95% et pratiquement tous les anciens intermédiaires (environ deux cents pour une ligne de produits) sont devenus disponibles pour le terrain ou pour les centres de recherche et développement. Les gains financiers sont tout aussi évidents, la mise en place du système est estimée à vingt huit millions de dollars et cinq millions de dollars par an de maintenance. Le gain est d'environ quarante millions de dollars par an. Ce changement a nécessité une implication forte du management pour mettre en place des communautés d'intérêts autogérées, et modifier les critères d'évaluation et l'organisation pour encourager au partage des connaissances et à la coopération. La table ronde s'est conclue sur les questions-clé du KM: comment motiver les gens à partager? Que faut-il conserver ou protéger? Que faut-il partager? Comment passer d'une gestion des données à une gestion de l'information, puis à une gestion des connaissances? Cette évolution passe-t-elle par des ruptures ou par une amélioration continue? Quels sont les outils du KM? S'il faut une nécessaire standardisation des outils technologiques, ce sont les individus qui interviennent sur des contenus autogérés. Enfin, le KM n'est-il qu'une meilleure organisation, ou produira-t-il des biens nouveaux à échanger?
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