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Vers une nouvelle dynamique régionale: création de valeur et identité collective Par Richard D. Collin 2002 La région dans la mondialisation : les défis auxquels nous n'échappons pas Peu à peu nous commençons à tous reconnaître que les conditions de création durable de richesses et de valeur sont aujourd’hui très différentes de celles de l’économie industrielle classique qui façonne encore notre cadre de pensée et la plupart de nos actions. Rappelons simplement que trois ruptures et mutations sont reconnues et identifiées comme essentielles, à savoir:
Ainsi, tous les observateurs s'accordent à diagnostiquer – on se trouve déjà bien au-delà du pronostic tant les faits se multiplient et convergent – le déclin du modèle actuel de l'Etat-Nation, sous l'effet non pas seulement des nouvelles technologies en tant que telles mais des phénomènes de globalisation, d'explosion identitaire, de dérégulation, etc. qu'elles induisent et renforcent.
A la fois support et conséquence de la société qui l'utilise, Internet devient le haut-parleur de ces mutations qu'il accélère en les intensifiant. Il n'est pas une fin en soi mais un levier stratégique de transformation. Chacun pressent que l'organisation, les modes de travail, les compétences des uns et des autres et leurs méthodes de gestion, les processus de contrôle et de délégation sont, entre autres, profondément affectés par la transformation que supposent toutes les nouvelles technologies. De plus quant Manuel Castells, dans son ouvrage de référence incontournable "La société de l'information", nous montre que nos Etats-Nations sont écartelés entre les réseaux et les identités (c'est à dire, d'une part, le déploiement planétaire des flux – argent, pouvoir, information, ... – dans des réseaux qui échappent de plus en plus à l'emprise des Etats ; et, d'autre part, la montée des revendications identitaires empruntant les chemins les plus divers) quelles en sont les conséquences ? Il devient clair que le local et son identité deviennent l'échelle évidente d'organisation autonome, surtout quand il ne reste plus rien d'autre, face aux agressions d'un monde structuré par les réseaux. Une perspective positive réside dans la capacité des collectivités à satisfaire les besoins identitaires tout en se positionnant de manière efficace dans l'économie mondiale des réseaux. En somme à s’affranchir des logiques d’aménagement des territoires physiques en ré-inventant l’aménagement des espaces de connaissances et de patrimoines, matrice cognitive et culturelle de la nouvelle compétitivité. Simultanément, l'avènement de l'entreprise étendue conduit à des modèles éphémères d'organisation et d'investissement de production; la délocalisation dynamique devient la règle. La force de travail est de moins en moins créatrice de valeur et progressivement l'automatisation se substitue à la force de travail. Le besoin de savoir-faire, de connaissances, de compétences, devient crucial. Les pôles d'excellences sont recherchés où qu'ils soient localisés dans le monde. En même temps, les entreprises se délestent de leurs activités industrielles et deviennent des « marques » à la fois ancrées dans leurs territorialités et dans la mondialisation.
Cette exigeante et inéluctable transition vers la société en réseau et l'économie de la connaissance, aussi bien que le renforcement des logiques de mondialisation et les impératifs d'un développement durable, font que
Il découle de ces mutations que la compétitivité territoriale réside de plus en plus dans la capacité individuelle et collective à mobiliser, partager, acquérir, mettre en œuvre, inventer des connaissances. Connaissances qui sont par nature incarnées chez l’homme et qui circulent, évoluent et se développent au travers des cercles vertueux de confiance. Ces cercles vertueux s'appuient souvent sur des reconnaissances identitaires, culturelles ou de partage qui s’expriment dans des collectifs aux formes multiples.
Un nouveau cadre de pensée et d'actions s'impose donc pour aborder et répondre à ces nombreuses interrogation. Et les questions d'infrastructures, de projets immobiliers, de haut-débit,… sont parfois les arbres qui cache la forêt. Pour une intelligence territoriale Pour préciser pourquoi et comment le contexte de la société de la connaissance qui se construit chaque jour doit donner une place nouvelle et décisive à une politique territoriale qui doit se transformer et être innovante, il convient de se doter d’une grille de lecture et d'analyse qui permette de proposer des décisions tenant compte des mutations en cours. Ces arguments conduisent à élaborer ce que je nomme "l'intelligence territoriale ".
Définissons la comme un concept, des méthodes et des outils favorisant l'identification, la représentation, la mobilisation, la circulation, le partage des patrimoines culturels et du capital immatériel et de connaissance fondateurs de la société actuelle. Au delà du patrimoine traditionnel protégé, elle prend en compte les savoir, les savoir-faire, les pôles d'excellence et les processus d'organisation reliés à notre région, afin de répondre efficacement a ses perspectives de développement durable et d'identité collective compétitive.
Ces composants conformes à l’identité territoriale telle qu’elle s’exprime dans le nouveau contexte de la société de la connaissance sont notamment les suivants : - Les patrimoines hérités (arts et traditions populaires, coutumes ) - Les savoirs-faire agricoles, artisanaux, industriels et scientifiques - Les paysages, œuvres combinées de l'homme et de la nature - Les patrimoines culturels bâtis (musées, architecture, archéologie, bibliothèques) - Les pôles d'activités médiatiques, artistiques et sportives - Les pôles universitaires et grandes écoles - Les pôles d'excellence industrielle et de services - Les institutions financières et économiques - Les infrastructures (rail, routes, aéroport, réseaux électrique et de télécommunication…) - Les diasporas et communautés de toute nature - Les pôles de gestion du lien social - Les leaders d'opinion et les "passeurs" culturels Il faut souligner que cette intelligence territoriale ne peut plus être de la seule compétence d’organismes, d'institutions ou de groupes d'influences structurés et labellisés qui s'occupent traditionnellement de ces questions. C’est un domaine interdisciplinaire, dynamique voir flou parce qu'en permanente construction. On s'affranchit ainsi d'une définition strictement politique du territoire pour réfléchir et se mobiliser autour de notions aussi essentielles et décisives que "compétences collectives de la région" ou encore de "griffe ou marque territoriale". On voit aussi que ce concept d’intelligence territoriale donne une valeur toute particulière à certaines spécificités de notre région et percute la notion de développement durable. En effet, il devient plus critique que jamais de soutenir des approches de développement qui respectent les équilibres de toute nature, favorisent l'éthique et le respect de chacun, renforcent la mémoire et la culture collective et encouragent la protection permanente des multiples créations et initiatives - économiques, sociales ou culturelles -.
La e-transformation nécessaire de la région : du management territorial au maillagement régional
Les transformations évoquées ci-dessus , et qui s’imposent ou vont s’imposer très vite à tous les acteurs économiques , politiques ou institutionnels , doivent être expliquées et expliquées encore . Car la tentation est grande pour chacun de céder aux réflexes issus de l’économie industrielle, de retrouver des repères connus, des pratiques qui rassurent, des domaines et des terminologies déjà repérés et des classifications et des frontières privé - public identifiées. Les dispositifs institutionnels multiples, les intérêts contradictoires des acteurs politiques placés de part et d'autre de la frontière, les a-priori culturels et les réflexes individuels qui animent beaucoup d'habitants de cette région introduisent une "viscosité" nuisible aux exigences de vitesse de plus en plus critiques dans la mondialisation galopante qui nous conduit. Il convient donc d'avoir des approches conduites par des communautés humaines dynamiques qui s'emparent de cette problématique; par exemple créer un portail d'informations, d'échanges, de communautés de pratiques, d'initiatives sur la question du développement de la région en s'affranchissant des logiques institutionnelles pour mieux ensuite les soutenir quand elles se seront transformées et adaptées.
Il faut également aider à mesurer la nature de ces transformations et justifier ainsi la forme que pourraient prendre les décisions et les actions engagées par notre région pour la positionner dans l’économie de la connaissance
Il s’agit bien de :
Dans son ouvrage " La philosophie du Mont Blanc : de l'alpinisme à l'économie de l'immatériel " Nicolas Giudici rappelle l'inspiration du Genevois Horace-Bénédict de Saussure qui en posant philosophiquement, c'est à dire en terme de globalité, la question de la montagne et de l'identité collective, a été à l'origine de ce qui est aujourd'hui la première industrie mondiale, le tourisme. Pour suivre son exemple, posons nous globalement aujourd'hui la question des atouts de notre région de Haute Savoie dans ce qui devient la première richesse du monde, la connaissance. Ses atouts sont très nombreux pour peu que nous nous appuyons sur tous les habitants de ce territoire, tous entrepreneurs de la connaissance. Et que nous puissions les mobiliser. En nous rappelant avec humilité que la société de la connaissance et en réseau, c'est d'abord la société de la confiance et ensuite un monde dans lequel on ne peut pas se permettre de penser à la place de l'autre. Richard D. Collin Partenaire i-KM Fondateur du KM Forum Vice Président AFNET, Association Française des utilisateurs du Net et du e-business mailto:rcollin@i-km.com |
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