Comment tenir compte de l’immatériel ?         i-KM est une marque de la Société 

André-Yves Portnoff   Voir aussi le Séminaire de Futuribles

Co-auteur avec Xavier Dalloz et Olivier Géradon de Vera de Consommer, produire et distribuer en 2010 (Gencod, novembre 2000, téléchargeable librement sur http://www.EANnet-France.org et sur www.dalloz.com ).

 

Comment tenir compte de l’immatériel ?

La mutation des réseaux accélère la Révolution de l'intelligence

  

L’évidence (sauf pour quelques irréductibles gaulois…) de la révolution des réseaux numériques empêche de voir que nous vivons une mutation bien plus profonde, amplifiée et accélérée d’ailleurs par Internet, mais qui ne se réduit pas à l’impact de celui-ci. C’est notre entrée dans l’ère immatérielle.

L’économie de l’immatériel est encore très souvent réduite à la société de l’information ou de la connaissance, à l’impact des NTIC, à l’économie en réseaux. C’est une erreur. La rupture entre une économie fondée sur des ressources physiques critiques et une économie où les facteurs immatériels sont devenus déterminants est due à l’explosion des connaissances  disponibles et de la complexité des situations à traiter.

L’expansion des connaissances fait que ce qui crée de la valeur n’est plus la partie physique du travail, désormais mécanisable[1], mais la composante créatrice, relationnelle de l’activité de chaque opérateur humain. Accéder aux idées pertinentes est infiniment plus vital que de disposer de matériaux rares ou même de capitaux[2] car nos connaissances permettent de remplacer telle ou telle ressource physique qui ferait défaut.

La complexité des problèmes et des connaissances à mobiliser oblige à rassembler les talents d’hommes et de métiers différents. L’efficacité des organisations dépend de la qualité des relations établies entre les porteurs de talents, dans et hors de l’entreprise qui devient étendue, voire virtuelle.

Partout, le quantitatif rassurant d’hier doit céder la place dans les analyses à la prise en compte du qualitatif. Partout, la logique de commandement doit s’effacer devant la pratique de l’écoute, de la conviction, de la séduction, car on ne peut exiger par la contrainte ni les idées des personnels, ni celles des partenaires, ni la fidélité de clients sollicités au niveau planétaire par la concurrence.

Plus que d’une nouvelle économie, c’est donc d’un nouveau management qu’il s’agit !

On voit que dans cette perspective, les facteurs immatériels sont loin de se limiter à la connaissance ou à l’information. Depuis presque deux décennies, les experts se sont accordés à faire la somme des dépenses en recherche, formation, organisation, marketing et logiciels. Autant dire que ce genre d’addition à la Prévert ne mène à rien d’opérationnel. Le problème n’est pas de savoir combien l’on dépense mais comment

Les facteurs immatériels englobent tout ce qui induit les préférences, les décisions des hommes, dans le cadre privé et professionnel, et confère donc de la valeur aux produits et aux services, de l’efficacité aux organisations. Ces facteurs recouvrent également tout ce qui, en l’homme, nourrit ou inhibe la création et la production. Les connaissances, les modèles mentaux, les valeurs, les sensibilités font partie de ces facteurs dont les interactions, tantôt positives, tantôt négatives, déterminent largement, par exemple, la valeur du capital d’une entreprise et la pérennité de celle-ci.

Cette définition extensive peut faire peur à certains experts qui s’exclament qu’alors, tout est immatériel ! Disons que ce qui fait la valeur est toujours immatériel car la valeur n’existe pas en soi, c’est une appréciation humaine dans un certain contexte spatial et temporel .

Les responsables des entreprises et de la société ont besoin de disposer d’indicateurs à surveiller, pour savoir comment évolue le capital de l’organisation qu’ils ont en charge, qu’elle soit une société, une région, un pays. Ce capital a deux composantes essentielles, le capital relationnel et le capital humain effectif.

Le capital relationnel correspond à la séduction, au potentiel d’interactions de l’entreprise avec son milieu, sa capacité en particulier à tisser des partenariats. La propriété industrielle, l’image de marque interne et externe, les réseaux de relations positives ou négatives font partie de ce capital relationnel.

Le capital humain effectif  ou intelligence collective se distingue du capital humain potentiel, ensemble des talents, savoirs explicites et implicites des membres  du personnel. Ces ressources sont portées par des hommes et leur appartiennent, dépendent d’eux, car nul ne possède des hommes. L’entreprise n’est propriétaire ni de ses employés, ni de ce qu’ils ont dans leur tête. Elle peut seulement construire une relation avec son personnel. Il en va de même, avec ses clients qui ne font pas d’avantage partie de son capital. Ce qui compte, c’est la résultante collective des ressources potentielles portées par chaque collaborateur. Cette résultante dépend de la qualité des interactions qui s’établissent entre les membres du personnel. Le capital humain effectif, l’intelligence collective, sera médiocre ou très supérieur à la simple somme des talents de chacun. Cela dépendra de la qualité de deux autres éléments du capital l’organisationnel et le structurel.

Par capital organisationnel, j’entends les routines, les règles tacites ou explicites de comportement, le style de management de l’entreprise, sa culture interne. Les valeurs, les images mentales, l’imaginaire des membres de l’organisation ont un rôle essentiel. C’est ici que se construit le droit à l’erreur ou le refus de l’innovation.

Le capital structurel, c’est l’ensemble des équipements, espaces qui permettent aux talents de s’exprimer  et aux échanges de s’établir. On a voulu définir ce capital structurel par “ ce qui reste dans les murs après 18h ” mais la formule est dépassée par l’essor des outils nomades.

Pour compléter le capital de l’entreprise au delà de ses composantes immatérielles, il reste à ajouter les actifs tangibles classiques, le capital physique et financier, nécessaire mais désormais secondaire. J’invite ceux qui en douteraient à se demander combien vaudrait Microsoft si Bill Gates disparaissait ?

Cette description du capital d’une organisation et de ses composantes reste statique si on ne lui rajoute pas un septième élément, l’activateur qui fait bouger l’ensemble et lui donne son impulsion. Cet activateur, c’est la volonté, la vision stratégique, la culture d’un certain nombres de femmes et d’hommes particulièrement engagés dans la vie de l’ensemble. Il appartient à l’équipe de direction d’être de ceux-là !

 

 

André-Yves Portnoff

 andre-yves.portnoff@wanadoo.fr 

 

Co-auteur avec Xavier Dalloz et Olivier Géradon de Vera de Consommer, produire et distribuer en 2010 (Gencod, novembre 2000, téléchargeable librement sur http://www.EANnet-France.org  et sur www.dalloz.com ).


 

 



[1] Noter qu’une bonne partie du travail  considéré comme "manuel" ou en tout cas non intellectuel est en réalité surtout relationnel donc non mécanisable et nécessitant un forte intelligence des autres; cf. l'explosion des services à domicile et des services de santé

2 les capitaux sont attirés par l’espérance des profits, la confiance, tout ce qui ressort du capital relationnel.