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Synthèse de la conférence débat du 25 avril 2001 :
MANAGEMENT DES CONNAISSANCES : allons nous vers un
« contrat » de l'échange et du partage des connaissances dans l’entreprise ?
Le 25 avril 2001, a eu lieu une conférence débat animée
par les Présidents des Associations, Patrick BOURDIL (ISSEC-Grpe ESSEC I96),
Gilbert ISOARD (AAIAE) et Richard BERRO (Action Capitalisation des Connaissances
et Redéploiement des compétences d’ECRIN). Près de 70 personnes ont été
présentes.
Les invités de cette conférence étaient : Hubert
CHARPENTIER, DRH - Answare, Eric BREUX, DRH – TPS, Richard D COLLIN,
Consultant KM et administrateur « Trivium », Denis ETTIGHOFFER,
Eurotechnopolis Institut, Anthony FREMAUX, Université Paris 8,
Département Hypermédia, Jean-Marc BLANCHERIE, i-KM, Responsable séminaire KM
Collège de l'X, Camille ROSENTHAL-SABROUX - Lamsade - Paris Dauphine
Cette initiative correspond à la prise de conscience, par un
groupe d’acteurs (Enseignement Supérieur, Recherche, Entreprises, Experts…),
des changements profonds liés à la mise en place d'une « société de la
connaissance ». Dans une Europe qui a pour ambition de devenir, d’ici 10
ans, la plus compétitive et dynamique économie basée sur la connaissance,
nous devons désormais nous interroger sur « l’évolution de la place du
e.salarié dans l’entreprise face au défi du partage et de l’échange de
connaissances ».
Les nouveaux fonctionnements, basés de plus en plus sur
l'échange et le partage de connaissances, induisent-t-ils de nouvelles formes
contractuelles ?
Au-delà de la lettre, faut-il repenser l’esprit du
« contrat » entre le collaborateur-salarié et l'entreprise, afin de
nous donner collectivement les capacités à être plus compétitifs et
dynamiques ?
Allons-nous vers un « contrat » d’échange et
de partage de connaissances dans l’entreprise ?
Que retenir de cette conférence débat ?
Dans un premier temps, l’accueil effectué par les
organisateurs a permis de repositionner cette initiative au sein d’un projet
plus large, mené sous l ‘égide d’ECRIN, qui a pour ambition d’amplifier
l’appropriation du Knowledge Management par l’enseignement supérieur et l’industrie
au travers de réalisations collectives permettant d’une part de stabiliser
les concepts, et d’autre part de nous les appliquer sur nous même (Voir
« www.cyber-institut.org/km)
Puis les invités ont exprimé leur point de vue et les
raisons de leur intérêt pour cette action collective
Les industriels ont confirmé l’impératif vital de mise en
place de démarches de management de connaissance dans leurs sociétés :
Pour Hubert CHARPENTIER, le chantier de gestion des connaissances est
capital, notamment autour du partage des expériences. Pour Eric BREUX, le
chantier de gestion des compétences est indispensable pour attaquer de nouveaux
marchés.
Les consultants ont explicité leur vision de la
problématique à laquelle nous sommes confrontés. Richard D COLLIN a
montré que nous sommes en train de changer de modèle de société, ce qui pose
de nombreux paradoxes que nous devons traiter. Denis ETTIGHOFFER, estime que l’homme
est le maillon faible des réseaux de connaissance, et que les ordinateurs, face
à la dilution des connaissances et l’explosion des informations et données,
est désormais capable de meilleurs résultats que lui. Il est indispensable de
passer d’une logique de gestion des actifs matériels à une logique de
management des actifs des connaissances nouvel actif des entreprises. Il
souligne que le modèle du compagnonnage pourrait être une bonne illustration
des modèles du partage des savoirs. Jean-Marc BLANCHERIE, a mis l’accent sur
la contradiction, au moins apparente, entre l’individualisation de la
société et le partage de connaissances.
Les chercheurs-enseignants ont donné des points de repère
sur les concepts manipulés et ce que nous devions partager pour avancer. Antony
FREMAUX, a explicité la signification des concepts de connaissance, compétence
et capitalisation de connaissances. Camille ROSENTHAL-SABROUX - nous a donné
des points de repère sur le partage des connaissances et la posture de relation
de « bonne intelligence » que nous devions adopter pour le faire
réellement
Le débat a permis de confirmer que notre réflexion
collective devait bien recouvrir les évolutions éventuelles du contrat de
travail, bien que ceci soit une notion particulière basée sur la notion de
« lien de subordination ». Le contrat de travail n’est plus
bien adapté à des entreprises qui doivent fonctionner autrement que de
manière hiérarchique et sur la seule durée du temps de travail. Un exemple de
nouvelles formes contractuelles entre salarié et employeur a été cité par E
BREUX ; il nous faudra recenser de manière plus systématique celles ci.
Mais, à court terme, plus qu’un nouveau contrat, nous
avons probablement besoin aujourd’hui d’une logique d’adhésion aux
évolutions qui se mettent en place parce que le risque de fracture sociale est
plus présent que jamais.
L’entreprise du futur est une entreprise relationnelle. Du
coté des entreprises, nous allons vers une différentiation très forte où les
organisations collectivement les plus compétitives seront celles qui sauront
être les plus relationnelles en elles-mêmes, par elles-mêmes et avec leur
marché, ce qui donne toute son importance stratégique au management des
connaissances.
Un sondage « à mains levées » a permis de
percevoir qu’aucun d’entre nous ne croît d’ici moins de 2 années à une
modification des règles du contrat de travail dans une perspective d’économie
de la connaissance. En revanche, près de 30% d’entre nous pensons que, dans
le règlement intérieur ou la charte de l’entreprise, la notion de partage de
connaissance va bien devenir un élément fondamental affiché entre l’organisation
et le salarié.
Le débat a permis d’expliciter le défi qui est le nôtre,
celui d’inventer collectivement un nouveau dispositif de navigation sur le
nouvel espace de la connaissance. Cela passe par cette étape qui est de
poser collectivement le problème, de proposer des solutions, pour chercher à
résoudre collectivement tous les paradoxes sur lesquels nous sommes en train de
mettre le doigt.
Quelles suites ?
Cette conférence débat a donc bien été le point de
départ d’une démarche de production, sur Internet, en 1 an au maximum, d’un
ouvrage collectif sur les nouvelles formes négociées d'échange d’informations
et de partage et de connaissance dans l’entreprise. Cet ouvrage permettra de
rendre compte de la réflexion, et de proposer des recommandations s’appuyant
sur les meilleures pratiques. Le premier mois sera consacré à la structuration
d’ensemble, collective, du projet, à la définition des thèmes et des
sous-thèmes à développer dans ce futur ouvrage.
Débats détaillés
Les industriels ont confirmé l’impératif vital de mise en
place de démarches de management de connaissance dans leurs sociétés
Pour Hubert CHARPENTIER, le chantier de gestion des
connaissances est capital, notamment autour du partage des expériences
Answare est une société de service informatique, sur un
marché de l’emploi très tendu car il manque entre 15 et 20000
informaticiens en France. L’effectif de la société se renouvelle assez
vite ( un turn over entre 18 et 21%) et si celle-ci ne prend pas garde aux
enjeux de la connaissance, l’entreprise risque de se trouver vidée à
plus ou moins brève échéance de sa substance. Outre le fait que les
clients attendent des livraisons de projets dans les délais, il y a
obligation de maintenance des produits livrés qui ne peut être satisfaite
sans gestion de connaissance.
Beaucoup plus que de gérer des compétences et des
emplois, Answare est amené à gérer des connaissances.
Hubert CHARPENTIER dit « on ne vend pas de la main
d’œuvre, on vend de la matière grise ». Tout ceci débouche
naturellement à l’impératif de gérer la connaissance.
La démarche est assez nouvelle, car cette filiale d’Alcatel
n’existe que depuis le 1/1/2001.
En 2000, sa création avait été préparée et un
séminaire de 3 jours a réuni près de 80 personnes pour réfléchir aux
priorités. Parmi les chantiers prioritaires sortis, le chantier de gestion
des connaissances et de partage de l’expérience est ressorti comme
primordial et stratégique.
Pour Eric BREUX, le chantier de gestion des compétences est
indispensable pour attaquer de nouveaux marchés
Pourquoi TPS se préoccupe-t-il déjà de Knowledge
Management ?
Parce que TPS est en plein dans le cœur des nouvelles
technologies et que l’entreprise est jeune avec des personnes très
jeunes, puisque la moyenne d’âge est en train de passer de 29 ans à 28
ans. Beaucoup de jeunes diplômés sont recrutés. De ce fait, il est
indispensable de gérer cela.
Un exemple : une nouvelle technologie arrive sur le
marché, liée à la volonté du gouvernement de démocratiser le numérique
en créant le numérique terrestre. C’est une nouvelle donne qui arrive
sur le marché. Il nous faut être un acteur incontournable de ce marché et
cela nécessite des compétences adaptées. Les outils modestement mis en
place permettent de savoir, pour attaquer ces nouveaux marchés, quelles
sont les compétences existantes à l’intérieur de TPS et quelles sont
celles qu’il faut recruter.
Les consultants ont explicité leur vision de la
problématique à laquelle nous sommes confrontés
Pour Richard D COLLIN, nous sommes en train de changer de
modèle de société, ce qui pose de nombreux paradoxes que nous devons traiter.
Nous voulons aujourd’hui partager quelques
questions : pourquoi essaye t’on de faire des choses ensemble autour
de la notion de contrat ?
Parce que nos sociétés d’aujourd’hui sont
construites sur un modèle dans lequel la notion de travail est basée sur
un dispositif de mesure et d’approche contractuelle hérité du monde
marchand, c’est à dire sur une économie du couple
« énergie-matière ».
Et que nous évoluons vers un modèle dans lequel la
création de valeur s’appuie sur le couple
« information-connaissance » et sur la notion de
« richesses humaines » et dans lequel, probablement, les termes
mêmes de l’économie en général doivent changer.
On a toute une série de paradoxes qui doivent être
traités. Par exemple :
- on commence à percevoir la lutte qui est en train
de se dessiner entre les sociétés qui poussent de façon forcenée
vers la logique de brevetabilité, de renforcement du capital
intellectuel de la firme, et les salariés eux-mêmes : ne vont –ils
pas demander, à terme, d’être eux-mêmes brevetables, puisque
finalement, ce sont eux qui détiennent la connaissance et que ce
qui caractérise la connaissance, c’est d’être
« incarné » ?
- on perçoit également le conflit naturel et
légitime entre le besoin de l’entreprise qui internalise les notions
de connaissance et de compétence, et l’Etat qui a pour mission d’organiser
en Europe une fluidité de ces compétences et de ces connaissances
entre les différents acteurs économiques et institutionnels
- Est-ce que les logiques de certification qui se
mettent en place actuellement vont permettre la fluidité nécessaire
dans les entreprises et entre les entreprises ?
Nous sommes ainsi confrontés à une série de problèmes
majeurs car d’une part la connaissance et la compétence sont incarnées
par les individus, mais, en même temps, c’est le collectif qui fait que
ces connaissances et ces connaissances peuvent être activées, et que le
lieu naturel du collectif c’est l’entreprise.
Comment gérer cet actif ? Faut-il inventer un
nouveau contrat ? Et quels vont être les termes de nouvelles
négociations ?
C’est là tout l’enjeu de notre initiative et nous
nous devons ensemble et collectivement à la fois de soulever les questions,
proposer des réponses, réfléchir, et avancer.
Pour Denis ETTIGHOFFER, face à la dilution des connaissances
et l’explosion des informations et données, l’homme est le maillon faible
des réseaux de connaissance. Les ordinateurs sont désormais capables de
meilleurs résultats que lui, et il est indispensable de passer d’une logique
de gestion des actifs matériels à une logique de management des actifs des
connaissances. Le modèle du compagnonnage doit nous y aider.
Je tiens à poser la problématique, telle que je la
ressens, de ce débat qui va être le nôtre durant ces prochains mois.
Je m’intéresse de puis longtemps à ces phénomènes
et notamment à l’introduction d’un fait nouveau assez récent qui nous
interpelle tous : la construction de la capitalisation se fait moins
par les actifs matériels et plus par les actifs immatériels. L’entreprise
moderne a cette première grande caractéristique qui faisait d’ailleurs
dire au Directeur des études économiques de St Gobain que la quantité des
actifs des investissements immatériels relatifs aux études sur les verres
spéciaux était plusieurs fois supérieure à la quantité des actifs
matériels de la compagnie.
Vers le début des années 90, quand j’écrivais
« l’entreprise virtuelle », je faisais observer que dans bon
nombre de pays, dont la France, on s’intéressait plus à la gestion des
informations qu’à la valorisation des connaissances. Des bases de
données statistiques du recensement américain faisaient l’objet d’un
traitement à valeur ajoutée par des cabinets spécialisés de marketing
qui donnaient des profilages permettant à des compagnies diverses d’être
beaucoup plus pertinentes sur leur marché.
Il faudra s’apercevoir que les réseaux vont faciliter
l’espionnage pour aller « piquer » des informations au sein
même de nos entreprises, pour la plupart, pour qu’il y ait une véritable
révolution mentale qui nous amène à nous intéresser à la valorisation
des connaissances : en effet, si d’autres pensent que nous avons des
informations intéressantes, c’est qu’elles ont peut-être un peu plus
de valeur que nous ne le pensions.
Et puis, le temps passant, quand on s’aperçoit que l’on
essaye désormais de « piquer » les gens qui pensent le mieux
chez nous, alors on se dit qu’il nous faut dépasser la logique de gestion
des actifs matériels et passer à une logique de management des actifs des
connaissances.
Car cette connaissance, ce fond de commerce, ils rentrent
tous les soirs à la maison …
Pour moi, l’approche de management des connaissances c’est
d’abord s’interroger sur la construction du compagnonnage où l’on
apprenait le bel œuvre en regardant travailler l’ancien ou le camarade de
travail, c’est cela qu’il ne nous faut jamais perdre de vue car notre
problème n’est pas d’ordonner la connaissance, mais de favoriser les
échanges de compétences.
En plus il faut avoir une autre problématique à l’esprit :
la dilution de ces connaissances. La question principale, dans les grands
réseaux de communication actuels qui grandissent, c’est « où est
la connaissance que je cherche ? ».
Il a un coté très stochastique, probabiliste dans la
capacité à rencontrer la bonne information au bon moment. Ce qui doit nous
rendre très modeste dans notre approche d’ordonnancement des choses.
Il faut également voir que cette dilution des
connaissances s’accompagne d’explosion des données et informations
illustrée par « le syndrome Gémini » : lorsque la
première mission lunaire est revenue sur terre, elle est revenue avec des
quantités de données « astronomiques », et il aura fallu 10
ans pour arriver à les traiter…
Ceci met en évidence le dernier élément de la
problématique : nous sommes, nous, ici, le maillon faible des réseaux
des connaissances. En effet, lorsqu’il s’agit de s’intéresser à la
baisse du risque décisionnel, et à la notion de risk-management, c’est
à dire le comportement lié aux imprévus, nous avons un besoin d’outils
qui, au travers de cette dilution des connaissances et simultanément de
cette explosion des informations, traite quasi automatiquement une partie de
celles ci. On entre alors dans un domaine mal connu et accepté aujourd’hui :
un réseau d’ordinateur peut comprendre un business, et à la limite mieux
l’interpréter que l’homme…Oui. C’est cela qu’il faut également
introduire dans la problématique…avec bien évidemment la question
finale : « et moi, dans tout cela, qu’est ce que je
deviens ? »
Jean-Marc BLANCHERIE met l’accent sur la contradiction, au
moins apparente, entre l’individualisation de la société et le partage de
connaissances.
Fondateur d’i-Km, je passe mon temps à construire des
représentations du KM, des représentations cognitives, des
représentations opérationnelles, avec des clients ou avec des dirigeants.
Tout se passe pour l’instant dans les entreprises,
mais, en tant que politologue d’origine, je devine que nous pourrions
poser quelques questions sociétales qui ne seront pas sans intérêt.
Pour illustrer ceci, je pars d’un paradoxe qui est
celui de la contradiction, au moins apparente, entre l’individualisation
de la société et le partage de connaissances .
Les chercheurs-enseignants ont donné des points de repère
sur les concepts manipulés et ce que nous devions partager pour avancer
Anthony FREMAUX, a explicité la signification des concepts
de connaissance, compétence et capitalisation de connaissances
J’ai eu une expérience de 4 ans de consultant. Cette
activité consistait en l’accompagnement de chantiers, pour la mise en
place de dispositifs de mobilisation de personnes ou d’équipes, à partir
de la reconnaissance de leurs compétences, et de la valorisation de leurs
connaissances. J’achève actuellement une thèse et partage avec vous
quelques concepts.
Qu’est ce qu’une connaissance ? C’est l’état
d’une expérience humaine. Une connaissance est incarnée. Une
connaissance est ce qui permet de résoudre un problème : c’est la
posture dans laquelle on se met soit pour interpréter une information ou un
savoir, soit pour délibérer avec un collègue ou un ami, qui est une
« connaissance » lui aussi, et qui vous aidera à résoudre le
problème rencontré.
Qu’est ce qu’une compétence ? C’est ce
qui permet d’apporter une solution au problème. C’est la capacité à
produire un bon résultat. Nous avons besoin de connaissances pour être
compétent.
Compétitivité et Compétence, ont la même racine. L’entreprise
a besoin de personnes compétentes pour être compétitive.
Qu’est ce la capitalisation de connaissances ?
Pour moi, cela recouvre le concept de Knowledge Management. La
capitalisation des connaissances permet de transformer les résultats d’expériences
passées, en moyens pour produire de nouveaux résultats. Ce processus
permet d’économiser du temps. Dans une entreprise, ce qui perd du temps,
c’est de reproduire tout le processus de résolution à chaque fois qu’un
nouveau problème arrive. Une capitalisation des connaissances permet de s’inspirer
d’expériences passées pour résoudre les problèmes du présent, par
exemple, de consulter les plans d’actions des collègues, les cahiers des
charges déjà produits, les supports de communication déjà diffusés…
Capitaliser des connaissances est condition à l’innovation. On ne peut
pas générer du nouveau sans tenir compte d’un existant.
Viens alors la question d’un « contrat de
partage» de connaissances. Quelles sont les règles du jeu d’une
capitalisation de connaissances qui protègent au mieux les intérêts de
chaque participant ?
Camille ROSENTHAL-SABROUX nous a donné des points de repère
sur le partage des connaissances et la posture de relations de « bonne
intelligence » que nous devions adopter pour le faire réellement.
Au sein du SYGECAD « système d’information,
gestion des connaissances et aide à la décision » du Lamsade, nous
avons réfléchi avec Michel Grundstein aux modèles de gestion des
connaissances et nous nous sommes posé une série de questions.
Nous proposons d’abord de préciser la question qui
nous réunit ce soir en faisant plus clairement la différence entre
information et connaissance au travers de celle ci.
La question que nous proposons de nous poser est
« pouvons-nous, devons nous parler d’un nouveau contrat d’échange
d’information et de partage des connaissances dans l’entreprise ? »
Qu’est ce que partager des connaissances ?
Pour nous, la connaissance n’est pas objectivable. Elle est la rencontre d’un
sujet avec des informations et un comportement cognitif, c’est à dire un
schéma d’interprétation. C’est pour cela qu’on peut dire qu’elle
est totalement incarnée.
A partir de cela, partager des connaissances, c’est
faire évoluer au cours d’une interaction des connaissances tacites de
chaque partie commune prenante du partage pour les faire évoluer et
reconstruire une nouvelle connaissance tacite pour chacun.
Pourquoi partager ?
D’une part, parce qu’il semble, aujourd’hui, que
dans l’état de nos organisations, la partage de connaissance devient
incontournable. Par conséquent, d’une certaine façon, nous sommes
désormais contraints à le faire.
D’autre part, parce que l’on peut également
considérer que le partage de connaissance est une source d’enrichissement
personnel, qui est en même temps une source de plaisir.
Enfin, le troisième élément de réponse, c’est que
le partage de connaissance est source de performance.
Comment va-t-on faire pour partager les
connaissances ?
Voici quelques pistes de travail sur lesquelles on a
commencé à réfléchir.
Nous allons d’abord partir avec l’idée de travailler
dans une relation de bonne intelligence qui est un intermédiaire entre une
relation de défiance et une relation de confiance.
Ensuite, « le but est dans le chemin ».
Il s’agit de mettre en place une démarche constructiviste, pour
apprendre en marchant (car on ne sait pas comment on va, par exemple, faire
ce livre) ; c’est ainsi que, finalement, nos connaissances mutuelles
vont être transformées dans l’activité de partage elle-même.
Pour terminer, on va y arriver en créant et en mettant
en place des dispositifs organisationnels et techniques, qui restent
également à inventer, et qui permettront à toutes les parties prenantes,
dans un échange gagnant-gagnant, de retirer plus que ce qu’elles y auront
apporté.
Gilbert Isoard s’est interrogé sur les notions de
compétitivité et nos modèles d’éducation…et a lancé le débat
Le but du jeu étant, après ces présentations, de lancer
une forme d’atelier de travail, celui ci a rajouté quelques éléments
suivants sur la partie compétence, compétition .
Le mot compétence se rapproche du mot
compétition qui a pour origine « cum pétitio »,
« avec la pétition » : c’est à dire que les autres
reconnaissent quelque chose que vous avez avec vous. La notion de pétition
signifie aussi qu’un certain nombre de personnes décident qu’il y a
quelque chose à faire.
La compétence, en général, est reconnue par les autres
et on ne peut pas l’affirmer soi-même.
Quand on parle de compétitivité, une compétition
établit un classement, et c’est comme une pétition signée avec le
premier, le deuxième….etc.
Les notions de compétence et de compétition sont
extrêmement ancrées dans nos cultures. Elles conduisent à ne pas favoriser
la notion de partage, y compris et surtout dans nos façons d’éduquer nos
enfants. Pouvons nous aller plus vers des formes d’éducation avec plus de
partage et d’ouverture et non plus des formes transmettant par recopie un
savoir qui n’est plus forcément judicieux aujourd’hui ? Et c’est
sur cette interrogation, que nous traiterons dans une année, que le débat a
été lancé.
Le débat a permis d’approfondir différentes questions qui
éclairént le paysage et la problématique
Incluez-vous dans cette réflexion la notion de contrat de
travail ? (M. Thierry Déjardin, du Centre National de Prévention et de
Protection )
Je suis assez novice en management des connaissances mais
je suis intéressé par l’aspect management des risques… comme la
vulnérabilité des hommes est de plus en plus importante vis à vis des
entreprises, ne pas partager un savoir, c’est aussi se protéger.et le
contrat de travail ne le comprend pas beaucoup, cela. Quand on parle de
contrat, inclue –t-on la notion de contrat de travail ?
Pour Hubert Charpentier, oui, cela recouvre le contrat de
travail, bien que ceci soit une notion particulière basée sur la notion de
« lien de subordination »
On disait qu’il y a un certain nombre de paradoxes à
traiter…la relation contractuelle en est un. La relation contractuelle est
héritée du 19ème siècle et nous sommes au 21ème
siècle. Toute la législation sociale est construite là dessus : c’est
une relation très marquée socialement, une relation de subordination. Il n’y
a pas de définition du « contrat de travail » ; il faut
aller dans le code civil pour trouver quelque chose qui va permettre d’expliciter
ce qu’est un contrat de travail. Mais ce que le contrat de travail est par
définition, par jurisprudence : c’est le « lien de
subordination ». Il est évident que lorsqu’on parle d’échange et
de partage, mettre en face un « lien de subordination »,
connoté politiquement et socialement aussi, c’est paradoxal. Il y a
nécessairement une évolution qui devra se traduire, mais ce sera très
difficile, car le code du travail est un des monuments du paysage social
français .
Pour Eric Breux, il existe déjà des exemples de nouvelles
formes contractuelles entre salarié et employeur
En effet à TPS, cela existe déjà : nous payons
environ 1300 personnes par mois et nous n’avons, en permanents, que 850
personnes.
Dans la différence, j’inclue un statut qui existe dans
l’audio-visuel qui est celui d’intermittent. Toutes nos émissions se
montent avec des gens qui n’ont pas de liens de subordination, mais sont
simplement regroupés en communautés d’intérêt qui est, à un certain
moment, « de faire la meilleure émission de variété en prime
time ». On parle de contrat de grille. Une fois que le projet est
terminé, la communauté de connaissances va se mobiliser sur un autre
projet et nous incluons également dans notre gestion, comme des salariés
presque permanents, l’ensemble de nos partenaires. On considère que les
collaborateurs de nos sociétés de service sont aussi, virtuellement nos
salariés, et on essaye non seulement de gérer la connaissance interne mais
aussi la connaissance externe en intégrant nos fournisseurs, voire nos
clients. En effet, pour attaquer un marché, si vous n’êtes pas capable
de connaître le niveau de connaissance ou de compétence de vos
distributeurs qui vont être votre relais sur le terrain vis à vis de vos
clients, vous pouvez avoir les meilleurs produits du monde, cela ne marchera
pas. Il y donc déjà des exemples qui sont en dehors du contrat de travail.
Un très bel exemple, actuellement, est aussi celui du questionnement
relatif aux droits d’auteur avec Internet.
Pour Jean Marc Blancherie, il faut effectivement traiter
cette question car le contrat de travail, fondé sur la subordination, n’est
plus bien adapté à des entreprises qui doivent fonctionner autrement que de
manière hiérarchique.
Edgard Morin l’a expliqué quand il a explicité
la notion de complexité : nous vivons simultanément des logiques
contradictoires. La logique juridique et particulièrement celle du droit du
travail est opposée aux nouvelles logiques qui émergent, de connaissance
créatrice partagée, de cet univers nouveau matérialisé par les
technologies de l’information, qui est un univers de dé-hiérarchisation
complète de la relation.
Le KM traite de la connaissance utile, celle qui circule
pour arriver à des actions que l’entreprise doit réaliser. Cette
circulation ne se fait pas dans le cadre de la structure organisationnelle,
c’est ce que les chercheurs en gestion savent depuis assez longtemps
puisque l’organisation n’est qu’une apparence.
Les technologies permettent de matérialiser la
circulation de la forme visible de la connaissance, et il y a la réalité
de la création de la connaissance. Le KM c’est d’abord la construction
de la connaissance en commun ; c’est notamment la construction de
concepts. Du coup, les savoir-être sont aussi importants que les
savoir-faire, la compétence peut se comprendre en même temps que capacité
à agir et capacité relationnelle entre les gens. Le contrat de travail,
fondé sur la subordination, dans des systèmes qui ne peuvent plus
fonctionner de manière hiérarchique, se trouve ainsi, désormais, en forte
opposition.
On devrait également, en ce moment, réouvrir le livre
de Michel Crozier, « l’entreprise à l’écoute ». On l’a
oublié.
Je vois un autre aspect de la question, celui de la
« juridicisation » de la société, au sein de la différence de
point de vue possible et peut-être souhaitable entre les Etats-Unis et l’Europe
sur ce sujet.
Pour Richard Collin, cette question est l’occasion d’expliciter
le défi qui est le nôtre, celui d’inventer collectivement un nouveau
dispositif de navigation sur le nouvel espace de la connaissance. Cela passe par
cette étape qui est de poser collectivement le problème, de proposer des
solutions, pour chercher à résoudre collectivement tous les paradoxes sur
lesquels nous sommes en train de mettre le doigt.
Voilà un autre exemple, dans le domaine du service
logiciel. Une équipe de développeurs est compétente ; elle se met en
vente sur e-bay : c’est possible, cela peut se faire, cela existe.
Aujourd’hui, nous sommes dans une situation paradoxale,
dans une économie marchande dont le point Nord est le CAC40 et la logique
classique actionariale, avec l’organisation actuelle du rapport social. Un
nouvel espace émerge, qui n’est plus l’espace marchand de transaction
mais un espace de partage, qui est celui des connaissances, avec un nouveau
point Nord qui est l’individu. Nous avons à inventer un nouveau
dispositif de navigation sur cet espace et nous sommes en permanence, en ce
moment, en train d’essayer de gérer la transition….comment le
faire ?
C’est cela notre défi. Et le problème n’est pas
tant en terme de contrat au sens juridique du terme, le propos que nous
avons à développer, la réflexion commune que nous amorçons ce soir et
qui doit poser un certain nombre de problèmes sociétaux majeurs, c’est
un dispositif d’évaluation des risques, de la rupture, du maintien d’une
phase initiale de la transition qui est celle de la performance active de l’entreprise
dans le contexte qui est celui à un jour J donné, et, en même temps, de
cette transformation très rapide, très évolutive, avant 2005…
Et cette date n’est pas donnée au hasard : c’est
là qu’arrive une chose transformation démographique majeure ; ceux
qui viennent aux commandes, les enfants des « baby-boomer »,
sont les gens qui ont un comportement très individuel, très instantané et
qui vont complètement s’intégrer dans ce nouveau dispositif paradoxal de
notre société.
J’ai déjeuné aujourd’hui avec un patron de
société informatique, un N° 2 de syndicat, et une personne du
gouvernement qui s’occupe de technologies. Quel constat avons nous
partagé ? que nous sommes dans une situation de rupture, certains disent
quasi-révolutionnaire, dans laquelle nous sommes face à un phénomène de
transformation radical.
Si les personnes sont porteuses d’un actif immatériel,
qui n’est représenté dans nos livres (la comptabilité nationale ne
mesure pas aujourd’hui la valeur des connaissances – les bilans n’introduisent
pas objectivement la valeur des connaissances ) comment organiser un
dispositif de reconnaissance de cet actif ?
On est vraiment dans un dispositif de nouvelle
transaction, d’élaboration nouvelle de la transaction économique, qui n’est
pas qu’un problème de reconnaissance de talent. Pourquoi l’individu est
le point critique, n'est ce pas simplement parce qu’il possède en lui des
connaissances incarnées, c’est parce qu’il est le seul à traiter le
problème de la complexité. Pour ce faire, il interprète, il dialogue avec
les autres, il agit. Plus que celle sur le contrat de travail, la réflexion
de fond que nous voulons mener est celle de la transformation sociale du
rapport au travail.
Les entreprises n’y échappent pas, les institutions
non plus. Il y aura à inventer un nouveau rapport social.
Nous ne pouvons pas faire l’économie, dans une logique
d’entreprise, dans une logique responsable, d’au moins poser le
problème. La démarche initiée est tout à fait intéressante car elle est
collective, elle va poser d’abord le questionnement, elle va évaluer les
propositions et amorcer des bases de négociations, soulever des pistes,
mettre le doigt sur les paradoxes. Saurons nous les résoudre…c’est là
notre défi.
J’ai fait un cauchemar sur la société vers laquelle il
semble que nous nous dirigeons, avec une si forte fracture sociale… (Philippe
Texier, en charge des "actifs intellectuels" intellectuals assets
manager d'Air Liquide)
Je partage votre point de vue sur le fait que nous sommes
dans une situation de rupture, avec une transition à gérer et qu’il nous
faut imaginer différents scénarios. J’ai 4 enfants qui entrent dans le
monde du travail et qui ressemblent au profil qui a été décrit
précédemment : c’est à dire qu’ils ne me ressembleront pas du
tout. Ils ont un rapport très individuel au travail. En les regardant, j’ai
eu un cauchemar, en essayant d’imaginer leur avenir et j’ai relu
« le meilleur des mondes », avec cette société
re-hiérarchisée, avec une très forte fracture sociale, mais en même temps
il y a l’émotion du plaisir du partage. M. Radamantsoe, de HEC, étudie ce
sujet car l’aggravation de la fracture sociale est un scénario extrèmement
probable…qu’en pensez-vous ?
Pour R Collin, plus qu’un nouveau contrat, nous avons
probablement besoin aujourd’hui d’une logique d’adhésion aux évolutions
qui se mettent en place
Il faut rester lucide. Nous vivons dans un système
capitaliste qui est le système de l’entreprise. Ce système a une logique
darwiniste d’adaptation qui commencé par la lutte effrénée pour le
profit (logique maître de forge) ; parce qu’il a fallu être
efficace, ce système a inventé un dispositif d’ordre scientifique, c’est
la notion d’Harvard dans les années 50 et on s’est rendu compte que l’enjeu
de la compétitivité collective, c’est la maîtrise de la complexité.
Pour être efficace, le système capitaliste a du entrer dans des logiques d’alliance
et de coopération. On est passé à la nécessité de l’éthique. L’étape
qui est en train d’arriver est une étape d’ordre esthétique, qui se
caractérise pour ses acteurs dans un principe de plaisir et de beau, et la
capacité de choisir. C’est pourquoi, nous pouvons peut-être faire le
pari que nous n’avons pas besoin, pour cette étape, d’un contrat, mais
simplement d’une logique de choix reconnu par chacun, une logique d’adhésion.
Pour Denis Ettighoffer, nous allons vers une différentiation
très forte où les organisations collectivement les plus compétitives seront
celles qui seront être les plus relationnelles en elles-mêmes, par
elles-mêmes et avec leur marché.
J’aime raisonner par l’absurde. J’ai entendu parler
de complexité. Les organisations, en général, se comportent de la
manière suivante. Plus un système est complexe, plus il a de
résistivité, plus la quantité d’énergie pour l’organiser ou l’ordonner
va être importante. Lors des travaux effectués par IBM sur ces sujets sur
la cybernétique à Santa-fé, il a été démontré qu’il y a une
relation quasi-mécanique entre la description d’un état d’une
situation donnée et sa complexité : plus la complexité est
importante, plus il faut de temps d’ordinateur pour le représenter. Ce
détour pour expliquer que nous allons devoir dépenser beaucoup plus d’énergie
pour organiser, mais nous savons que plus nous allons vers l’organisation,
plus nous allons vers la nécrose du système. Nous balançons en permanence
entre un univers qui résiste à l’acquisition de connaissances et à l’acquisition
de faits qui peuvent amener un changement, et on peut mourir dans les
organisations de ces débordements d’énergie. On peut aussi mourir de
laisser une entreprise très organisée car elle se nécrose
progressivement. On sait bien que ce sont perturbateurs, que l’on peut
qualifier géniaux dans certains cas, qui empêchent cette nécrose
naturelle.
Lorsque nous évoquons ces sujets là, notre tendance
naturelle est de chercher des éléments qui stabilisent notre raisonnement
et qui tranquillisent la représentation du modèle vers lequel nous
aimerions aller.
Mais le problème est que ce modèle est chaotique, qu’il
n’a pas de loi apparente, et qu’il nous faut nous satisfaire de cela. D’autres
conséquences : nous sommes dans les lois de la sélection
naturelle : trop ordonné en meurt, pas assez aussi…
Pour contribuer à dissiper le moins d’énergie
possible, nous avons besoin d’organisations intelligentes, c’est à dire
les plus relationnelles possibles.
Pour répondre à votre question quand vous pensez à vos
enfants : quand j’avais leur age, il était interdit d’utiliser le
téléphone en entreprise, il était interdit de parler à certains endroits
au travail, etc…et aujourd’hui il est plutôt de bon ton de savoir
échanger. Vous avez parlé de fracture sociale…oui, nous allons vers une
différentiation très forte où les organisations collectivement les plus
compétitives seront celles qui seront être les plus relationnelles en
elles-mêmes, par elles-mêmes et avec leur marché. Cela veut dire qu’elles
auront su établir une capacité d’échange de connaissances et de
compétences par rapport à elles-mêmes et par rapport aux communautés des
clients avec lesquelles elles travaillent.
Pour conclure, ce qui m’a intéressé sur les
organisations virtuelles, c’est de constater qu’on est passé d’un
mode tribal à un mode de diaspora, et qu’une nouvelle logique est en
train de se construire.
Les organisations virtuelles qui fonctionnent le mieux
réunissent 3 qualités : elles ont une communauté de métiers, une
communauté d’intérêt et une communauté de valeurs partagées. Et
lorsque nous les pensons collectivement, nous devons nous poser la
question : ont-elles une communauté de destin ? Et elles sont
obligées d’avoir une communauté de destin dans ces échanges de
compétence car c’est là que se situe le fameux lien que nous cherchons
de la capacité à échanger et de faire entrer en symbiose les différentes
chaînes de la valeur, que sont les hommes et les systèmes sur lesquels on
travaille.
M. De Leusse, d’Herrmann France, confirme l’analyse de
Denis ETTIGHOFFER et se déclare fort intéressé par l’ouvrage collectif
Je représente une entreprise jeune qui marche, et qui a
les 3 caractéristiques citées et qui est née chez GE. C’est l’entreprise
de Ned Herrmann qui a créé chez GE les profils de préférence cérébrale,
qui sont une connaissance de type nouveau dans l’entreprise. Le business
fonctionne de manière autonome, au sein de communautés, et les perceptions
qui résultent des analyses effectuées aux Etats-Unis, en Angleterre ou en
France vont exactement dans le sens de ce que vous venez de citer … Je
contribuerai à ce travail collectif car le modèle, structurant et fractal,
est bâti sur une métaphore qui est celle du cerveau, dans laquelle on
retrouve tout ce qui a été dit précédemment.
De la salle, 3 questions. Quand il y a innovation, comment
peut-on partager l’innovation ? Quelle est la limite entre le partage des
connaissances et la hiérarchie des salaires ? Si les personnes sont à des
niveaux différents et qu’il n’y a pas transparence complète, il peut y
avoir frein au partage…Peut-il y avoir une solution au partage de connaissance
sur des sites indépendant comme des forums de discussion sur internet ?
Eric Breux : ce qui est le plus important c’est que l’entreprise
conserve le sentiment de justice ainsi que la fibre et la communauté de destin
de la « start-up »
Sur site internet, oui, heureusement qu’il y a du
partage de connaissance, mais il n’y a pas que cela.
Les jeunes n’ont pas vécu notre apprentissage et c’est
un plaisir de travailler avec eux. Les jeunes ont une approche par rapport
au salaire différente de la notre. Les salaires sont communiqués et il n’y
a pas de volonté de cacher son salaire. C’est là qu’il faut un peu d’organisation
car l’entreprise se doit de conserver le sentiment de justice …
Concernant l’innovation, la désorganisation créative
s’organise. Il faut un environnement qui ne soit pas normé, et ce qui est
extraordinaire c’est que les jeunes n’ont de cesse que de vouloir
remettre en place des organigrammes…et notre rôle, en tant que manager, c’est
de conserver la fibre et la communauté de destin de la start-up. Il ne faut
surtout pas mettre en place de grands organigrammes pour favoriser l’innovation.
L’innovation, dans le milieu des nouvelles technologies
sont vraies quelques mois seulement. Ceci signifie que la capacité à
partager son innovation plutôt que de la protéger est plus forte. Car si
on n’est pas capable de partager avec une communauté d’intérêt son
innovation, celle ci est perdue.
Denis Ettighoffer souligne, qu’en matière de protection
intellectuelle, il existe aujourd’hui une jurisprudence et un savoir-faire
important qu’il ne faut pas hésiter à consulter.
Il y a de vrais problèmes en matière de protection
intellectuelle, mais il faut aller voir des spécialistes, des conseils en
brevets, en propriété industrielle ou de marque ; il existe une
jurisprudence et un savoir-faire en la matière important.
Certes, la France n’est pas dans une situation
favorable : déposer un brevet c’est 4 ou 5 fois plus cher qu’aux
Etats Unis, les précautions en matière de dépôt de brevet y sont
beaucoup plus rigoureuses qu’aux Etats-Unis, les problèmes de déport
fiscal incitent les entreprises à déposer à l’étranger plutôt qu’en
France. Par rapport au problème de fond des équipes innovantes, les
sociétés n’ont jamais empêché leurs ingénieurs d’innover. Une
règle cependant : l’innovation appartient à la fois à l’homme et
à l’entreprise.
Jean Marc Blancherie souligne que l’innovation est un
processus et met l’accent sur l’importance des métaphores dans celui-ci.
Concernant l’innovation. C’est un processus. Pour que
celle ci se produise, il faut déconstruire la réalité en oubliant une
partie des connaissances puis reconstruire collectivement celle-ci. Il y a
un potentiel d’innovation extraordinaire dans les PME dès qu’on se
penche sur ce sujet.
L’un des fondements du KM, selon Nonaka, c’est la
connaissance créatrice qui part de la capacité collective à créer de
nouvelles métaphores à partir desquelles on va décliner une série d’analogies
qui vont reconstruire la réalité et se cristalliser dans un concept
nouveau. Ce que l’on vend et qu’on achète aujourd’hui, ce sont des
concepts chargés d’émotion, d’immatériels, et la sphère de la
marchandise est en train de s’étendre à tous les aspects de la vie
collective…il nous faut aussi réfléchir à cela.
M Grundstein pose une question à M Texier. Pouvons, nous,
devons nous parler d’un contrat d’échange d’information et de partage de
connaissance dans l’entreprise…compte tenu de votre expérience…le peu que
vous en avez dit, c’est que cela se fait bien sans…alors, en avons-nous
besoin ?
Cela se fait bien quand cela se fait, mais le partage des
connaissances ne se fait pas partout…en revanche, l’enrichissement des
connaissances peut venir de partout…y compris de certaines personnes de qui
on ne peut pas demander des rapports écrits hebdomadaires. C’est comme les
chercheurs. Il a fallu s’appuyer sur la réalité que les gens n’aiment
pas écrire, et trouver des solutions astucieuses pour partager les
connaissances. Car les gens n'aiment pas écrire des rapports, mais ils
adorent raconter ce qu'ils font. C'est lorsqu'on fait confiance à un réseau
de personnes qui ont une communauté d'intérêts et de pratiques que les
choses marchent le mieux. Il ne faut surtout pas chercher à les organiser !.…..
…..
Cependant, il faut aussi une reconnaissance pour que cela
fonctionne : toutes les expériences se font dans le cadre de projets et
une mission, on trouve un nom ce qui est déjà une reconnaissance…
R Collin effectue un sondage à main levée sur l’intérêt
perçu d’une modification du contrat de travail…
Quels sont ceux qui pensent que dans moins de 24 mois il y
aura eu une modification des règles du contrat de travail dans une perspective
d’économie de la connaissance ?
Résultat : Personne. Il n’y a pas de conviction
collective.
En revanche, sur la pratique même de la relation de l’entreprise
et le salarié, dans le règlement intérieur ou la charte de l’entreprise, la
notion de partage de connaissance va-t-elle devenir un élément fondamental
affiché entre l’organisation et le salarié ?
Une vingtaine de personnes lève la main, une tendance
apparaît.
R Collin, au travers d’un cas au sein de l’administration
française, illustre la problématique des innovateurs qui, bien souvent,
doivent rester cachés jusqu’à ce qu’il y ait la masse critique suffisante
pour que ce qu’ils portent devienne la norme.
Le gouvernement français cherche à reconnaître les
porteurs de l’innovation dans l’administration française.
La solution choisie a été d’annoncer la création du
portail des innovateurs dans l’administration française. Mais on se rend
compte que ce ne sont probablement pas les vrais innovateurs qui vont s’y
afficher…Ceux ci vont rester cachés, car ceux qui transgressent ne vont pas
lever le doigt.
Probablement, en matière de Knowledge Management, et dans
KM il y a Management, il faut protéger ceux qui transgressent, voire les
cacher, et puis, une fois qu’il y a une masse critique suffisante de ceux
qui transgressent, on peut alors collectivement les reconnaître parce qu’ils
deviennent la norme. Et c’est ce dispositif de transformation vers une
logique nouvelle (mettre du réseau dans la pyramide, comme certains disent)
qui est un véritable soutien à l’innovation.
JM Blancherie précise que les technologies de l’information
facilitent cette transgression et permettent à chacun d’être auteur face aux
discours normatifs.
Je pense que les technologies de l’information ont un effet pervers
bénéfique, c’est qu’elles permettent des transgressions admises.
On passe à la société de la connaissance car on donne désormais le
droit à chacun d’être auteur, face à un discours qui venait d’ailleurs
et qui s’imposait de manière normative à tout le monde. Aujourd’hui,
nous sommes dans l’échange.
D Ettighoffer complète par une seconde histoire pour
illustrer que nous avons des inventeurs inconnus et des savoir-faire que nous
ne connaissons pas non plus.
Cette histoire lui a été racontée par un spécialiste de dépôt de
brevet. Elle porte sur une entreprise italienne qui a décidé de fabriquer
à l’identique une usine de récupération de produits laitiers. Le
modèle concurrent à recopier était en Normandie. Après avoir investit
près de 500MF, l’entreprise italienne cela ne marchait pas. Ceux ci sont
alors allés consulter le concurrent en Normandie pour acheter leur
savoir-faire pour réussir à faire tourner l’usine en Italie. Au bout de
plusieurs jours de recherche, ces derniers ont trouvé dans le fond de leur
usine un contremaître qui était le seul à connaître les processus qui
permettaient la bonne transformation catalytique des produits des résidus.
Cette personne a aidé les Italiens…et a aimablement été récompensée
alors qu’il détenait un savoir-faire fondamental…Le problème soulevé
est « qui a la connaissance ? Qui détient les
savoir-faire ? Ce qui va nous obliger à avoir d’autres attitudes et
être modestes.
En conclusion, le processus de construction de l’ouvrage a
commencé à être posé.
G Isoard (gisoard@deloitte.fr ), pilote de cette action
au sein du Groupe de pilotage d’ECRIN « www.ecrin.asso.fr » a
invité toutes les personnes intéressées à lui transmettre leur
e-mail : le débat se poursuivra sur un espace de travail collectif
(e-groups ou autre) sur lequel ils seront invités.
Les premiers résultats seront rendus visibles sur le site
« www.cyber-institut.org/km,
sur lequel sont capitalisés tous les éléments du projet global.
Nous sommes dans un processus constructiviste. Nous allons
travailler pendant 9 mois pour échanger, collaborer et partager, puis la
structuration finale de l’ouvrage, qui aboutira à une édition papier et à
une édition Internet, s’effectuera en 3 mois.
Pendant le premier mois, on va s’entendre sur la
structuration, les thèmes et les sous-thèmes à développer dans ce futur
ouvrage.
On cherchera également à préciser la forme de respect,
la forme de contrat moral qui liera tous les acteurs de cette construction.
Par ailleurs, concernant cette soirée, des interviews vidéo de MM Breux,
Charpentier et Isoard seront disponibles sur le site de FTPress « www.drhactu.com ».
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